Combiner aquarelle et pastel sec permet d’allier la transparence lumineuse de l’aquarelle avec la texture veloutée et expressive du pastel. Nombreux sont les artistes explorent cette approche hybride, ouvrant un champ de possibilités très riche en matière de rendu, de contrastes et de profondeur.
Bien utilisée, elle permet d’obtenir des œuvres à la fois délicates et vibrantes. Mal anticipée, elle peut donner de très mauvaises surprises… Regardons cela de plus près !
Deux médiums très différents
À première vue, aquarelle et pastel sec semblent presque opposés.
L’aquarelle est un médium fluide et transparent, qui se travaille avec de l’eau. Elle repose beaucoup sur la gestion des lavis, des superpositions transparentes, et sur la préservation du blanc du papier.
Le pastel, qu’il soit dur ou tendre, est au contraire un médium poudreux et opaque. Il se dépose directement sur le support et permet des couleurs très saturées, des fondus doux et des touches très visibles.
C’est précisément cette opposition qui rend leur combinaison si intéressante : l’aquarelle peut créer une base lumineuse et atmosphérique, tandis que le pastel vient apporter de la matière, des accents et des détails clairs sur foncés facilement.


Le choix du papier pour combiner aquarelle et pastel sec
Le support joue un rôle crucial dans cette technique mixte.
Un papier aquarelle avec un grain assez présent peut fonctionner (le grain retenant la poudre de pastel), mais il saturera assez rapidement. Les papiers trop lisses peuvent quant à eux rendre l’accroche du pastel difficile, voire impossible dans certains cas.
Pour ma part, je trouve que les papiers spécialement conçus pour le pastel sont les plus adaptés. Mais il est important de vérifier qu’ils supportent bien l’eau utilisée pour l’aquarelle, et c’est très loin d’être toujours le cas. Quelques exemples :
- Le Pastelmat peut être mouillé sans aucun problème. Notez que c’est le seul que j’ai testé dans cette liste.
- On trouve également une version du Pastel Card résistant à l’eau (attention à ne pas vous tromper car la version classique ne tolère pas la moindre goutte !).
- L’Art Spectrum Colourfix est bien adapté à l’eau.
- Le papier Uart permet également d’utiliser de l’aquarelle. Attention, il existe en plusieurs versions. La plus adaptée pour mélanger aquarelle et pastel est la version 400. Contrairement au Pastelmat* qui diffuse les couleurs très loin, le papier Uart garde vraiment la peinture dans les zones mouillées, ce qui permet un plus grand contrôle.
- Le Pastel Grain (Clairefontaine) tolère bien d’être mouillé.
Dans tous les cas, un papier suffisamment épais (au moins 300 g/m²) permet d’éviter les déformations dues à l’humidité.
Deux papiers pour pastel, deux comportements très différents en mélange pastel sec et aquarelle
Voici une démonstration de sous-couche à l’aquarelle sur papier Uart par Suzan Jenkins. Notez comme la peinture se diffuse uniquement dans les zones mouillées, et s’arrête sagement aux bordures des zones sèches.
Le cas du Pastelmat : De mon expérience, une sous-couche à l’aquarelle sur Pastelmat est un fabuleux outil, mais il n’est pas très précis. Les pigments se diffusent beaucoup, à plusieurs centimètres de l’endroit où on les dépose. Cette sous-couche a été peinte dans l’humide (toute la feuille a été mouillée).

De plus, sur ce papier il est plus difficile de peindre sur du sec : L’aquarelle fuse, les bords ne sont pas nets, ils se dentellent et suivent leur propre voie. Sur cette vidéo, vous pouvez voir comment ma tentative de peindre une aquarelle complète sur Pastelmat s’est révélée être un bel échec :
Processus : Commencer par l’aquarelle
Dans la grande majorité des cas, on commence par travailler l’aquarelle en premier. Cette étape sert à poser les grandes masses de couleur, les ambiances et les dégradés.
Les lavis peuvent être très légers, ou au contraire plus saturés selon l’effet recherché. Bon à savoir, sur Pastelmat l’aquarelle s’éclaircit fortement en séchant, donc vous pouvez raisonnablement forcer les couleurs par rapport à ce que vous souhaiteriez.
Beaucoup d’artistes utilisent l’aquarelle pour suggérer les volumes principaux d’un paysage, d’un portrait ou d’une scène florale. L’avantage indéniable, c’est que les fondus sont faits avec une très grande douceur, et beaucoup de facilité.
L’aquarelle joue alors le rôle d’une sous-couche colorée, qui restera visible ou non entre les touches de pastel, selon le choix de l’artiste.
Il est important de laisser sécher complètement l’aquarelle avant d’ajouter le pastel. Si le papier est encore humide, les pigments du pastel peuvent se fixer de manière irrégulière ou devenir difficiles à contrôler. Attention si vous travaillez sur Pastelmat, sachez que ce papier est fantastique pour cette combinaison de techniques, mais qu’il sèche extrêmement lentement. Prévoir de travailler en deux séances (une pour la partie aquarelle, une pour la partie pastel) est une très bonne idée !

Ajouter le pastel pour la matière
Une fois l’aquarelle sèche, le pastel permet de construire le corps de l’image.
- Il donne de la présence aux éléments
- Accentue les contrastes
- Ajouter des détails précis
- Enrichit la texture de la surface
Par exemple, dans un paysage, l’aquarelle peut suggérer un ciel et une atmosphère brumeuse, tandis que le pastel peut venir dessiner les herbes, les branches ou les reflets lumineux.
Dans un sujet floral, l’aquarelle peut poser les lumières, les volumes généraux des pétales et créer un fond tout en douceur. Le pastel va ajouter le côté velouté des pétales, les nervures, les bordures nettes…
Dans un portrait, la peinture permet de préparer les valeurs de la peau en montant progressivement les contrastes, offrant un guide à suivre plus facilement avec ses pastels.
Le pastel permet toujours d‘introduire de l’opacité et de la matière, ce qui est parfois difficile avec l’aquarelle seule.

Processus : Commencer par le pastel – Attention !
Sur Pastelmat, je tenais à illustrer l’importance de commencer par l’aquarelle avec ces images : Ici j’ai réalisé mon portrait, puis j’ai voulu tenter d’ajouter un fond à l’aquarelle.

Le problème ?
Sur papier pour aquarelle ou sur papier Uart, la peinture ne se déplace que dans les zones qui ont été mouillées au pinceau. Sur Pastelmat, l’eau se déplace même sur le papier sec. Résultat : Même si je n’ai pas du tout mouillé le portrait (seulement autour de lui), l’eau s’y est propagée. Elle a humecté la poudre de pastel, l’a même déplacée, et a créé des auréoles très visibles.


Comme toujours en art, ce qui est ici un effet indésirable peut absolument être un effet recherché. On peut très bien imaginer un bord de mer où l’eau vient lécher de le sable de façon plus vraie que nature, des fleurs aux pétales dentelés, des tableaux abstraits à la texture intriguante… Parfois, une très mauvaise expérience peut être une belle source d’inspiration !
Et puis, le pastel étant bien opaque, les mauvaises surprises peuvent presque toujours se corriger. La preuve :

Aquarelle et pastel sec : Une approche riche en possibilités
En combinant l’aquarelle et le pastel, l’artiste dispose d’un langage visuel très large. Transparence / opacité, douceur / texture : ces deux médiums se complètent admirablement.
Cette technique invite à expérimenter, à jouer avec les superpositions et à trouver son propre équilibre entre fluidité et matière. C’est sans doute pour cette raison qu’elle séduit autant d’artistes aujourd’hui : elle offre une liberté créative rare, et nous donne autant envie d’attraper nos pinceaux que nos pastels !
